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"Ensemble, c'est tout" d'Anna Gavalda

"Ensemble, c'est tout" d'Anna Gavalda
En même temps qu'elle prononçait cette phrase, Camille sut qu'elle était allée trop loin et qu'elle allait avoir droit à la grande scène du 8. Un numéro sans surprise, mille fois répété et parfaitement au point : chantage affectif, larmes de crocodile et menace de suicide. Placés ou dans l'ordre.

Sa mère pleura, lui reprocha de l'avoir abandonnée tout comme l'avait fait son père quinze ans auparavant, lui rappela qu'elle n'avait pas de coeur et lui demanda ce qui la retenait sur cette terre.
- Donne-moi une seule raison d'être encore ici, une seule ?
Camille se roulait une cigarette.
- Tu m'as entendue ?
- Oui.
- Alors ?
- ...
- Merci ma chérie, merci. Ta réponse est on ne peut plus claire...
Elle renifla, posa deux tickets restaurant sur la table et s'en alla.

Ne pas s'en émouvoir surtout, le départ précipité ayant toujours été l'apothéose, le tombé de rideau en quelque sorte, de la grande scène du 8.
D'habitude, l'artiste attend la fin du dessert, mais c'est vrai qu'on était dans un chinois aujourd'hui et que sa mère n'aimait pas trop leurs beignets, litchis et autres nougats trop sucrés...
Oui, ne pas s'émouvoir.
C'était un exercice difficile, mais camille avait rodé son petit kit de survie depuis le temps... Elle fit donc comme d'habitude et tenta de se concentrer pour se répéter mentalement certaines vérités. Quelques phrases simplissimes et pleines de bon sens. Petites béquilles bricolées à la va-vite qui lui permettaient de continuer à la voir... Parce que ces rencontres forcées, ces conversations absurdes et destructrices n'auraient aucun sens finalement si elle n'avait pas la certitude que sa mère y trouvait son compte. Or, hélas, Catherine Fauque y trouvait parfaitement son compte. Se racler les bottes sur la tête de sa fille lui procurait un grand réconfort. Et même si elle abrégeait souvent leurs rencontres dans un mouvement de drapé outragé, elle s'en trouvait toujours satisfaite. Satisfaite et repue. Emportant avec elle sa bonne foi abjecte, ses triomphes pathétiques et son comptant de mauvais grain à moudre jusqu'à la prochaine fois.

Camille avais mis du temps à comprendre cela et d'ailleurs, elle ne l'avait pas compris toute seule. On l'y avait aidée. Certaines personnes dans son entourage, autrefois surtout, quand elle était encore trop jeune pour la juger, lui avaient donné des clefs pour comprendre l'attitude de sa mère. Oui mais voilà, c'était autrefois, et tous ces gens qui avaient veillé sur elle n'étaient plus là désormais...
Et aujourd'hui, elle morflait la petite.
Drôlement.
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# Posté le jeudi 25 octobre 2007 04:19

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